Le kouign-amann, ce piège pour les papilles... et la langue
Dans une boulangerie d'une petite ville, nous avons surpris cette conversation savoureuse.
« Et pour vous, ce sera ? », a demandé la boulangère à la dame devant moi dans la file.
« Deux donuts et un kouign-amann », a répondu la cliente sans sourciller, en écorchant complètement le nom du gâteau breton.
« Je vous mets ça dans le même sac ? », a voulu préciser la vendeuse.
« Oh, ils ne vont pas se battre entre eux », a plaisanté la cliente.
Le kouign-amann est bien sûr le grand martyr de la prononciation, le pauvre. Qu'on le prononce « kwin-aman », « kouine-amane » ou carrément « couin-couin », aucune de ces versions ne lui rend justice. Même les Français de l'intérieur des terres s'y perdent régulièrement.
- doughnut (donut) - do-neut
- kouign-amann - kwiñ amañ (en breton : « gâteau ici »)
La prononciation des mots espagnols - jamón, paella, salchichón etc.
Nous savons quelque chose de la vie compliquée des mots étrangers, puisque nous avons choisi l'un des noms d'entreprise les moins pratiques de l'histoire. Nous avons deux stratégies de prononciation :
Quand nous parlons au fisc, à la sécurité sociale, aux douanes, à la police ou à des gens qui n'ont pas la moindre idée de ce qu'est le chamón, nous nous présentons sans détour : bonjour, ici untel ou unetelle, de l'entreprise Jamón.
Mais si nous avons en face de nous un chef, un vigneron ou un client gourmet, nous passons bien sûr à la prononciation espagnole correcte, chamón, sous peine de passer pour des ignorants, cela va de soi.
Certains de nos clients ont malgré tout de petites difficultés avec d'autres mots. Le pire cas, c'est la paella, que les gens prononcent tout simplement comme elle s'écrit. Le pauvre salchichón subit le même sort : il faudrait l'écrire « salchitchone » pour qu'on le lise comme on le prononce souvent chez nous.
Récapitulons donc la prononciation correcte des mots les plus souvent écorchés :
Nourriture :
- jamón = chamón
- paella = paélia
- gazpacho = gaspatcho
- salmorejo = salmorérho
- salchichón = salatchitchone
- chorizo = tchoritho
- tapas = tapas (celui-là, c'est facile)
- cecina = sécina
- cabecera = cabéthéra
Villes :
- Barcelona = Barthelona
- Valencia = Balentia
- Marbella = Marbéya
La promesse de l'amuse-bouche
Pour finir, un souvenir d'une visite récente dans un restaurant des Ardennes. Dans un établissement qui venait tout juste d'ouvrir, le personnel nous a prévenus que l'attente serait plus longue que prévu. Nous n'étions pas ravis, mais le maître d'hôtel nous a rassurés : « Ne vous inquiétez pas, je vous apporte un amuse-bouche ! » Il n'a finalement tenu qu'à moitié parole. Nous avons effectivement longuement attendu notre repas, tandis que l'amuse-bouche promis n'est, lui, jamais arrivé. En rentrant, nous nous sommes demandé si ce n'était pas simplement une astuce habile de sa part. On propose gratuitement aux clients mécontents, pour les calmer, des choses inexistantes comme un amuse-bouche, une mise en bouche du chef, un digestif maison, etc., et on se couvre ainsi parfaitement au cas où l'on ne finirait par rien apporter du tout.
Puisqu'on est dans les leçons de vocabulaire, ajoutons encore les bons vieux gnocchi et la bouillabaisse.
- amuse-bouche - se prononce "amuze-bouche"
- gnocchi - souvent réduit à "nokis" au lieu de "nyoki"
- bouillabaisse - souvent simplifié en "bouillabesse"