Jamón vegano
Comme le 1er avril tombait cette année-là précisément un 1er avril, nous avons décidé de taquiner un peu nos chers clients ce jour-là, en proposant un jamón que personne n'avait encore jamais proposé - le jamón vegano.
Nous avons donc créé ce produit directement sur notre page d'accueil, tout en signalant cette intéressante nouveauté sur notre page Facebook.
La description du produit contenait des passages qui, selon nous, ne pouvaient laisser aucun doute sur le fait qu'il s'agissait d'une blague du 1er avril. La fiche précisait par exemple : Comme les porcs sont nourris tout au long de leur vie uniquement d'aliments végétariens - principalement des glands, mais aussi des tomates, des poivrons, des aubergines, des pâtes aux courgettes, de la soupe de pois chiches, des oignons rôtis, des galettes de pommes de terre et du melon - ils n'ont rien pour former du tissu musculaire, et leur corps n'est donc constitué que de polysaccharides et d'un peu de protéines végétales.
Sur Facebook, nous avons annoncé, le plus sérieusement du monde, que, désolés pour nos clients végans laissés de côté, nous proposions enfin, nous aussi, du jamón de porcs sans viande. La plupart des réactions consistaient à surenchérir amicalement sur la blague originale. Selon une fan, ces petits cochons se multiplient sans doute par bouturage. Il y a cependant eu aussi une fan qui n'a pas compris qu'il s'agissait d'une blague, et qui a très sérieusement fait remarquer que ça lui semblait quand même un peu tiré par les cheveux. Nous aurions dû nous méfier dès ce moment-là. Ne voulant pas semer la confusion chez nos clients au-delà du cadre de cette farce du 1er avril, nous avons retiré le jamón vegano de notre boutique en ligne après une seule journée, et considéré l'affaire comme close.
Le dénonciateur dénonce
Le 22 avril, pourtant, le téléphone a sonné - les services vétérinaires d'État. Ils avaient, disaient-ils, reçu une dénonciation d'un consommateur mécontent, qui avait signalé que nous proposions du jamón végétarien issu de porcs sans viande, ce qui lui semblait étrange, et qu'à son avis, nous trompions ainsi le consommateur, car une chose pareille ne pouvait, selon lui, très probablement pas exister. La même plainte aurait aussi été envoyée à l'organisme tchèque de protection des consommateurs et à l'inspection agroalimentaire. Ceux-ci devaient encore nous recontacter. L'aimable monsieur des services vétérinaires a bien ri au téléphone à l'idée de porcs sans viande, mais nous a tout de même dit qu'il devait malheureusement vérifier toute l'affaire, que ça nous plaise ou non. Nous lui avons expliqué qu'il s'agissait évidemment d'une blague du 1er avril et qu'il ferait mieux de garder son bon sens plutôt que de faire des vagues, mais il a maintenu qu'il fallait vérifier toute l'affaire directement dans notre entrepôt.
En attendant Jamón
Nous : Vous pensez donc vraiment que nous avons vendu, pour 26 000 couronnes, du jamón de porcs sans viande ?
L'inspecteur : Non.
Nous : Vous comprenez donc qu'il s'agissait d'une blague du 1er avril ?
L'inspecteur : Je comprends, mais je dois malheureusement vérifier.
Nous : Mais vous venez de vérifier, c'était une blague !
L'inspecteur : Sauf que je dois vérifier sur place !
Nous : Et qu'espérez-vous de ce contrôle sur place ?
L'inspecteur : Rien, mais je dois me convaincre personnellement que vous n'avez rien de tel.
Nous : Et vous pensez qu'il existe la moindre chance que nous ayons du jamón de porcs sans viande ?
L'inspecteur : Non, je ne le pense pas.
Nous : Pourquoi ce contrôle, alors ?
L'inspecteur : Pour me convaincre que vous n'avez rien de tel.
Nous : Mais ça ne prouve rien du tout.
L'inspecteur : Comment ça ?
Nous : Eh bien, si nous n'en avons pas maintenant, ça ne veut pas dire que nous n'en avions pas au moment de la dénonciation.
L'inspecteur : Hum, c'est vrai, mais je ne sais pas remonter dans le temps.
Nous (résignés) : Et ce sera quand, ce contrôle ?
L'inspecteur : Le 5 mai, et il me faut quelqu'un de la direction sur place.
Nous : C'est embêtant, l'un de nous est justement à l'étranger et l'autre à l'autre bout du pays. Pourquoi avez-vous besoin de nous là-bas ?
L'inspecteur : Pour que vous signiez le procès-verbal du contrôle, confirmant que vous n'avez pas ce jamón vegano dans votre entrepôt.
Le contrôle
Le contrôle a eu lieu aujourd'hui, il a duré une heure et demie en tout. Il faut dire que dans toute cette absurdité, notre seule consolation a été que l'inspecteur est un monsieur très sympathique.
Le procès-verbal du contrôle a finalement constaté que :
Un contrôle ciblé de l'établissement a été effectué suite à un signalement d'un consommateur, concernant le produit carné : Jamón vegano, originaire d'Espagne, reçu le 14 avril. Le produit ne se trouvait pas dans l'entrepôt au moment du contrôle. Selon la déclaration des propriétaires de l'entreprise, il s'agit d'un produit fictif, placé sur le site web de l'entreprise dans le cadre d'une blague du 1er avril. Aucune infraction à la législation n'a été constatée.
Amen.
Leçon de communication
L'affaire a été reprise par plusieurs sites d'actualité tchèques.
S'agissait-il donc, en fin de compte, d'une opération de communication habile et créative, où chaque étape avait été froidement calculée dès le départ, jusqu'à l'envoi de la dénonciation sous un faux nom ? Mais non, pas du tout :-)