La quarantaine est une chose assez compliquée, comme on le réalise après quelques jours. On découvre soudain, chez des gens avec qui on vit depuis toujours, des choses assez intéressantes qui, en temps normal, ne se manifestent jamais d'aucune façon. Ce ne serait pas un problème s'il n'y avait pas de quarantaine. Mais la quarantaine existe, et la vie qu'on y mène n'est pas franchement rose. Heureusement, nous avons le jamón, avec lequel on peut faire toutes sortes de choses : d'un côté, il nous fait passer le temps, de l'autre, il nous fournit un ingrédient universel pour les plats les plus divers.
Les avantages du jamón en quarantaine
- Longue conservation - le jamón a une durée de conservation quasi illimitée, ce qui en fait, en temps de guerre, un article de choix
- Grand conditionnement - il se vend en gros morceau, pas besoin d'en racheter trop souvent
- Conservation à température ambiante - il peut se ranger à côté de vos réserves de papier toilette et de conserves, sans prendre de place au frigo
- C'est sain - dans notre cas, il ne contient aucun additif, c'est une source idéale de protéines sans ingrédients dangereux
- C'est polyvalent, il convient comme ingrédient à de nombreux plats
- C'est nourrissant - le jamón est un concentré de protéines compact - 42 g de protéines pour 100 g, une valeur imbattable pour n'importe quel aliment
- Il peut se commander sans quitter son appartement, sa maison ou son château
Le jamón au petit-déjeuner
On sait bien que le jamón est le roi du petit-déjeuner. Peu de gens savent en revanche qu'au petit-déjeuner, le jamón peut aussi jouer un rôle inattendu. Le plus traditionnel et le plus simple, bien sûr, c'est le pain blanc grillé à l'huile d'olive et au jamón. On peut y ajouter de l'ail, pour les lendemains de soirée bien arrosée - qui ne manquent jamais en confinement - et de la tomate mixée. Ça, c'est connu, ça ne nous apprend rien de nouveau. Mais le jamón peut aussi se marier merveilleusement bien avec des petits-déjeuners chauds, surtout à l'œuf. L'un des plats préférés de notre ami le cortador José Miguel est un œuf frit dans du gras blanc fondu, découpé sur le jamón. « C'est ma grand-mère qui me le préparait quand j'étais sage, et j'adore encore ça aujourd'hui », se souvient-il parfois avec nostalgie. Un classique, bien sûr, ce sont les œufs brouillés au jamón, le fameux revuelto de jamón, qu'on prépare en Espagne le plus souvent bien sec, avant de le poser sur du pain grillé. Mais vous pouvez tout aussi bien le préparer moelleux et beurré, à la française, et le manger avec du pain plutôt que dessus. Excellent également, le désormais légendaire jamonex, qui a détrôné le classique œuf-bacon comme petit-déjeuner favori du lendemain de fête. Le jamón s'avère en effet bien plus adapté que le jambon cuit classique (sans même parler de sa version aux nitrites reconstituée), il devient délicieusement croustillant et a une saveur incroyablement intense. Le jamón se marie même très bien avec le petit-déjeuner anglais, cette débauche insurpassable pour les matins d'hiver brumeux.

Photo. Le jamonex est aujourd'hui, 5 ans après son lancement officiel, un véritable classique
Entre les repas
Aussi confinée que soit l'inspiration culinaire pendant le confinement, la vraie crise d'inspiration ne se joue pas devant les fourneaux ni à table, mais bien dans ces longues heures entre les repas, surtout quand on a de jeunes enfants. Et là encore, le jamón vient à la rescousse. Le temps libre peut être mis à profit pour s'exercer à l'art du cortador et à toutes les figures qui le composent. On peut s'essayer à l'une des disciplines classiques du cortador et rivaliser avec les autres membres du foyer, quel que soit leur âge :
- Découper la tranche parfaite
- Découper une assiette de tranches dont le poids se rapproche le plus possible de 100 g
- Réaliser la plus belle rose de jamón
- Composer la plus jolie petite assiette

Photo. L'un des jeux consiste à élire la plus belle assiette dressée (astuce secrète : pour préserver la paix du confinement, mieux vaut laisser gagner les enfants, même si leur assiette ressemble à celle d'un routier)
Il existe bien sûr d'autres passe-temps liés au jamón, qui n'ont rien à voir avec l'art classique du cortador, dont notre préféré est le fameux jamón-film-test : un des confinés dispose sur une planche des tranches de jamón dans le style d'un film donné, que le reste du foyer doit ensuite deviner.

Photo. Coffee and Cigarettes de Jim Jarmusch, version jamón
Le jamón au déjeuner
Il existe d'innombrables recettes où le jamón joue un rôle essentiel. Pour vous inspirer, jetez un œil à notre page de recettes. Il se marie à merveille avec des haricots au beurre ou à l'huile d'olive et aux petits pois, aux fèves, aux asperges, à l'artichaut frit ou rôti, aux champignons ou aux pois chiches. Une tranche de jamón dans une truite compose le plat préféré d'Hemingway, la fameuse trucha a la Navarra. Le jamón décore le délicieux velouté froid de tomate, le salmorejo, ou la porra. On l'ajoute aux bouillons corsés comme aux potajes, ces plats mijotés souvent garnis de légumineuses, d'un peu de jamón, d'un peu de viande, et relevés, selon la région, de feuille de laurier, de paprika séché, de poivre, de romarin ou de thym. Le jamón tient aussi la vedette dans les croquettes classiques à la béchamel, panées et frites, et s'ajoute parfois, avec du xérès, aux moules. Bien moins raffinés sont le plato alpujarreño ou le plato de los montes, où une épaisse tranche de jamón grillée côtoie, dans l'assiette, un œuf, du poivron frit et du chorizo. Dans la cuisine vraiment populaire, il faut aussi mentionner les migas, des miettes de pain rassis poêlées à l'huile d'olive, à l'ail, au chorizo et au paprika (les ingrédients varient là encore selon la région et l'aisance du cuisinier). Il se glisse parfaitement dans les paupiettes de viande, qu'elles soient de poulet, de veau ou de bœuf, et s'utilise dans les farces de légumes ou de fruits de mer, où on le mélange le plus souvent à de la chapelure, de l'huile d'olive et de l'ail. Il est bien sûr délicieux avec les pommes de terre, dans la version paradoxalement enrichie des patatas a lo pobre, ou juste avant de servir sur des pommes de terre rôties à l'huile d'olive.

Photo. Croquettes frites à la béchamel et au jamón
Un chapitre à part est bien sûr celui du jamón dans la cuisine italienne, où il reprend, avec la grâce d'un toréador, le rôle du prosciutto, et, à condition de respecter certaines règles, celui de la pancetta également (nous en disons plus sur ce sujet controversé dans notre article sur la pancetta, le lard et compagnie), ouvrant ainsi tout un éventail de possibilités dans lesquelles nous n'entrerons pas ici en détail. Il se marie à merveille avec les pâtes - ce n'est pas un hasard si aucune carbonara n'est aussi bonne, ni aucune amatriciana aussi puissante, qu'avec du jamón.
Le dîner
Au dîner, après une longue journée de confinement, plus personne n'a envie de se donner du mal derrière les fourneaux ou devant le four, alors le mieux est peut-être d'envoyer les enfants au lit, d'ouvrir quelques bouteilles de vin et de découper une assiette de jamón. Les gourmands pourront faire gratiner du fromage de brebis ou de chèvre sur du pain blanc, et laisser fondre par-dessus, juste avant de servir, une tranche de jamón sur le fromage chaud. Le jamón se marie tout simplement à la perfection avec le fromage gratiné.

Photo. Pour le soir, il ne reste plus que du jamón avec de la salade
La nuit
L'idéal, bien sûr, c'est de décrocher le jamón de son support pour la nuit, de l'emmener au lit et de le serrer dans ses bras sous la couette, pour qu'aucun colocataire malveillant ne vienne, dans le dos du dormeur, saboter la coupe parfaitement plane.